LE VAL D'ALLIER

                               

Brioude, ici commence le Val d'Allier

On quitte définitivement le Haut-Allier, pour la plaine de Brioude, baptisée « le petit Nice » de cette contrée Auvergnate par contraste avec les hauts plateaux et montagnes des départements de la Haute-Loire, de la Lozère et du Cantal. La ville est établie sur un plateau très fertile qui surplombe le val de l’Allier déjà une petite Limagne. Aux alentours, sue les pentes environnantes les bonnes terres sont appelées « chambons ». Brioude possède une magnifique basilique. C’est la plus grande église romane d’Auvergne avec ses 74 mètres de long. Elle a été construite en plusieurs étapes ce qui en fait son originalité. En 1963, un pavage unique en France à été découvert à l’occasion de fouilles, il s’agit de figures géométriques que constituent des galets de l’Allier et des fragments de basaltes. L’alternance de pierres rousses et dorées met en valeur son architecture, une petite crypte correspondrait à une église primitive avec l’emplacement du tombeau de St Julien.  

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Autre curiosité locale, la maison de Mandrin. Le célèbre contrebandier y aurait exercé son activité, on dit que la « bande à Mandrin » aurait réussi à vendre de force du tabac de contrebande aux entrepôts de la ville en menaçant de faire rôtir le responsable du dépôt.

Brioude est fière de sa rivière Allier, ici la pêche est un sport et se pratique comme tel, en cuissardes au milieu du torrent, dont les eaux vives et claires vous fouettent le sang et vous redonnent une nouvelle jeunesse.

Dans la ville le poisson est roi, « la maison du saumon et de la rivière » est là pour en témoigner. Tous les poissons d’eau douce y sont présents : truites, goujons, perches, carpes, anguilles, etc. Une rivière artificielle y a été reconstituée, (écosystème) elle nécessite 30 tonnes d’eau. Les Salmonidés y évoluent librement.

 Proche de Brioude, un ruisseau montagnard vient grossir la rivière Allier, sur le cours supérieur de la Senouire, la célèbre abbaye de « Casa Dei » est blottie aux confins du Velay et de l’Auvergne

Toujours sur la Senouire, à une dizaine de kilomètres de sa confluence, se niche Lavaudieu (la vallée de Dieu) à découvrir le matin pour la lumière... Il s’agit des restes d’un ancien prieuré de moniales Bénédictines, créé au XIe siècle par St Robert, fondateur de la Chaise Dieu. L’église St-André au clocher octogonal, possède de magnifiques peintures murales d’influence Italienne. Le cloître, le seul que l’Auvergne ait conservé intact, possède des arcades sur colonnettes simples ou jumelées à des chapiteaux assez simplement sculptés. La salle du réfectoire s’orne d’une fresque reproduisant le Christ entouré par les symboles des quatre évangélistes et une vierge en majesté encadrée d’anges adorateurs et des douze apôtres. De plus, le départ d’un souterrain fouillé pendant des années n’a pas encore livré tous ses secrets. Le roi Charles XIII autorisa le prieuré de Comps à changer de nom le 9 octobre 1487 pour le motif suivant : Pour ce que le dit nom de Cons et déshonnête à nommer ainsi les dites religieuses, pour l’honneur de celles-ci et pour éviter de mauvaises paroles proférées par plusieurs maldisants voudra bien le dit prieuré être nommé d’ores et d’avant le prieuré de Vaudieu. Extrait des lettres royales publiées à la trompe dans les alentours.

Autre affluent sérieux de l’Allier, l’Alagnon la seule rivière issue du Cantal se jette dans le Val d’Allier à Lempdes. Son altitude se situe entre 1282 mètres à sa source vers Albepierre-bredons, et 380 m (environ) à son confluent. Les gorges de l’Alagnon sont très pittoresques, non polluées et poissonneuses, la pratique du canoë-kayak y est tout à fait possible sur une cinquantaine de kilomètres. Sur ces rives, Blesle une autre abbaye de moniales Bénédictines fondée en 865, par une femme : Ermengarde comtesse d’Auvergne. La « tour aux vingt angles », donjon rescapé de la forteresse des barons de Mercoeur rappelle le passé.  

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L’Allier fut navigable. Le trafic commençait à Jumeaux où l’on chargeait la houille du bassin minier de Brassac les Mines. Pour acheminer ces cargaisons, on ne s’embarrassait pas : On construisait de grandes barges avec les sapins descendus du Livradois, dont les montagnes surplombent la rive droite, on les calfatait de goudrons et de résines mélangés à de la mousse, et on y entassait : charbon, tonneaux de vin, sacs de pommes, fromages, à destination de Paris où ils finissaient bien par arriver. De plus, jusqu’au XIXe siècle on achemina ainsi pour les vaisseaux de la marine royale à Nantes de grands mâts de 50 à 80 pieds de long, coupés dans les forêts de St Germain l’Herm ou de la Chaise Dieu et amenés par des attelages de six à douze paires de bœufs. 

Située sur une terrasse un peu à l’écart de l’Allier,  la ville d’Issoire est une cité ancienne aux ruelles étroites qui renferme un joyaux de l’art roman auvergnat l’église St Austremoine. C’est aussi  un centre industriel important. Les forges Issoiriennes élaborent des alliages spéciaux à destination de l’aéronautique (Airbus, Ariane etc.). Il est dommage que la fabrication de la seule moto française "la Wosang" semble être un échec. La région reste essentiellement rurale elle essaie depuis peu de se reconvertir dans le tourisme.

La localité est  marquée par les guerres de religion, le capitaine Merle « protestant » reste célèbre dans le secteur. Le 15 octobre 1575, de nuit par surprise il prend la ville d’Issoire, prêtres et moines sont soumis à d’horribles traitements. Il fait démolir le clocher de l’église, et impose aux habitants une contribution très lourde. Bientôt l’armée catholique du duc d’Anjou, commence le siège de la cité. En mai 1577, les catholiques investissent la ville, là, ce sont des scènes d’horreurs indescriptibles, la ville est mise à sac et partiellement incendiée. Pendant le règne d’Henri IV le gouverneur de la place est intime avec la marquise d’Estrées, la mère de Gabrielle plus connue, et favorite du Béarnais. Elle est coquette, fardée, elle étale un luxe et des toilettes somptueuses, apprenant qu’une bourgeoise la traitée de « femme de plâtre » elle fait pendre son époux. Une nuit en colère les gens d’Issoire envahissent la maison du gouverneur Allègre et le tue dans son lit. La marquise est tuée à ses cotés ; leurs corps furent jetés à la rue par la foule excédée qui crie nous avons tué « le chien et la chienne ».

De nos jours, au sortir de la petite ville d’Issoire le cours de l’Allier et de la voie routière rapide vers Montpellier, prolongement de l’autoroute A71 Paris Clermont-Ferrand font ensemble un bout de chemin. Çà et là quelques petits cours d’eau viennent encore grossir le flot qui commence à s’assagir dans la plaine malgré, « les Couzes » qui sont trois rivières différentes qui se jettent dans l’Allier aux environs d’Issoire. Ce sont des torrents très rapides, qui s’attardent peu. Ils  descendent des monts Dore et du Cézalier.

Sur les pentes des volcans environnants, l’homme a depuis longtemps cherché à exploiter les versants les mieux exposés, c’est ainsi que l’Auvergne possède encore quelques vignobles réputés dont l’un se situe sur le plateau de Corent qui domine la vallée de l’Allier à quinze kilomètres au sud-est de Clermont Ferrand. Il est réputé pour les vins rosés qu’il produit à flanc de plateau sur un terrain caillouteux où se mêlent calcaires et argiles. Ici dans ce petit pays appelé la « Limagne des buttes » ne restent qu’un peu plus de 1 000 hectares de vignes qui font oublier que le département du Puy De Dôme a été une grande contrée viticole de 36 000 hectares au plus fort des années 1860-1900. Comme ailleurs, sur le cours de l’Allier le phylloxéra, la grande guerre et l’essor d’une industrie balbutiante vont faire disparaître ce petit monde. Seul témoin, les maisons vigneronnes avec au dessous la cave, l’avancée d’un petit balcon, l’estre, prolongé par la montée de l’escalier extérieur. Au même niveau l’habitation, avec au dessus un galetas (grenier ou l’on rangeait les bûches, et qui servait également au séchage des fruits). Ici le jardin clos de quatre murs est appelé « le paradis » où poussent légumes, fruits, vignes. Un peu à l’écart, la tonne est implantée au milieu des vignes, c’est un petit bâtiment modeste et dissimulé des regards par quelques arbres, elle est utile aussi bien pour la culture que les loisirs. Il n’était pas rare qu’elle serve de nid pour les amoureux. De nos jours ce sont les parcelles de maïs qui remplacent depuis déjà plusieurs décennies la vigne moribonde.

La rivière Allier poursuit son chemin, elle coule à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand la capitale Auvergnate, les légions de César longèrent son cours avant une bataille célèbre dont voici l’histoire abrégée.  

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Le plateau de Gergovie.

Le film de Jacques Dorfmann sorti dans les salles en 2001, avec Christophe Lambert pour incarner Vercingétorix n’a pas eu le succès qu’il était en droit d’espérer. Pourtant il retrace les grandes lignes de la vie d’un chef qui sut fédérer quelques 70 nations différentes et indépendantes qui composaient la Gaule.

Du haut du plateau, le regard s’étend vers le sud-est de l’agglomération de Clermont-Ferrand, et au loin vers l’Allier. Au delà des polémiques sur les emplacements de la bataille supposés, on comprend que Napoléon III en visite dans la ville de Clermont ait  voulu changer le peu reluisant nom du village de « Merdogne » en lui préférant définitivement celui de Gergovie en 1862. L’oppidum occupait un espace de 1,5 km de longueur sur une largeur de 500 m à une altitude de 405 mètres. C’était une importante forteresse des Arvernes. Voici une version de la bataille, au printemps de 52 avant J.C. Jules César marche sur l’Auvergne avec environ 20000 Hommes. Battu à Bourges, Vercingétorix se replie dans l’oppidum de Gergovie. Du haut de ce plateau de basalte, il contrôle facilement tous les mouvements de troupes, et observe attentivement les travaux de l’adversaire dont le camp se trouve près d’Orcet. Néanmoins, profitant d’une nuit sans lune, César réussit à s’emparer de la colline de la roche blanche où il y implante un petit camp fortifié. Furieux de ce revers Vercingétorix fait torturer et rôtir vivant deux soldats qui avaient abandonné leur poste. Une autre attaque des Romains est lancée de nuit contre un point faible Gaulois près du col des Goules, c’est une attaque de diversion, il s’agit de muletiers déguisés en soldats. Les Gaulois tombent dans le piège. Vers midi, le moment semble propice pour lancer l’attaque réelle. Les troupes escaladent le versant sud-est de la colline, les Gaulois repoussent les légions Romaines épuisées par leur ascension. Tel un torrent, la horde gauloise cheveux au vent et torse nu dévale la montagne et repousse définitivement l’ennemi.

 Gergovie est une grande victoire pour les Gaulois, César a perdu sa réputation d’invincibilité, jamais il ne pardonnera à son adversaire. 700 légionnaires et 46 centurions sont morts sous les remparts. Un peu plus tard, après la défaite d’Alésia Vercingétorix, connut les geôles de Rome pendant six années. En Août 46 avant Jésus christ, il fut étranglé avec un lacet et jeté aux égouts.   

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Clermont-Ferrand veut aujourd’hui, se donner une image plus moderne avec Vulcania. Situé à 900 mètres d’altitude en bordure de la chaîne des Puys à 15 kilomètres à l’ouest de la cité auvergnate Vulcania est, en ce début de troisième millénaire le vaste chantier qui a l’ambition de relier le passé et l’avenir. Fumerolles, grondements, lave incandescente, explosions dues à la rencontre du magma en fusion et de l’eau, lacs de cratères en formation, vous accompagneront dans la visite de ce futur musée volcanique souterrain qui doit être la vitrine non seulement du chef-lieu du Puy-De-Dôme, mais également des départements ou naissent et coulent l’Allier ou la Loire. Haroun Tazieff, assure que les volcans d’Auvergne (les plus jeunes montagnes de France), ont le sommeil léger et que leur réveil est probable, reste seulement à fixer une date dans l’échelle du temps.

La cité est également fière de sa place de Jaude, ou trône la statue de Vercingétorix monté sur son cheval fougueux tout droit sorti de l’imagination de Bartholdi. Peu à peu, la ville s’est émancipée de la tutelle de Bibendum et assume pleinement son rôle de capitale régionale. Le musée du Ranquet mérite une visite attentive, en bonne place figure la « Pascaline » en deux exemplaires. Il s’agit de la première machine à calculer mise au point par Pascal à l’âge de dix-neuf ans.

Cournon d’Auvergne, petite cité tranquille d’autrefois est devenue la proche banlieue de Clermont-Ferrand, ses vignes ont également disparu, Seule l’Allier rappelle le passé et permet aux beaux jours une évasion vers une nature toute proche.

Au cœur du val de l’Allier, terre riche et grasse où se confondent calcaires marneux et débris volcaniques, voilà la petite ville de Pont-du-Château qui comme son nom l’indique est née d’un pont et d’un château. Le premier ouvrage sur la rivière aurait été construit par Jules César en 49 avant Jésus Christ pour faire passer ses légions et fut longtemps le seul point de passage sur l’Allier entre Moulins et Brioude. Le pont actuel, en pierres de Volvic comprend 7 arches mesure 220 mètres de longueur et 10 mètres de largeur. Le château « dit du Pont » fut confisqué au comte d’Auvergne en 1212, par le roi Philippe Auguste. Il change plusieurs fois de propriétaires avant d’être incendié en 1581, afin d’être purifié de la peste qui ravage la ville. Reconstruit, on y retrouve le marquis de Canillac qui, en 1665 régnait en maître et entretenait en son château douze brigands forts zélés. Sur l’ordre du seigneur des lieux ces « douze apôtres », n’avaient qu’une hâte, détrousser le malheureux voyageur ou bien faire payer à toute la contrée certaines taxes spéciales en plus des impôts royaux. Condamné à mort le 25 janvier 1666, le marquis ne fut exécuté qu’en effigie et regarda par l’une des fenêtres des maisons voisines son supplice trouvant très agréable de n’avoir point la tête sur le billot pendant qu’on le décapitait. Il s’en tira avec une grosse amende, la confiscation de ses biens, et deux ou trois tours en moins à son château. Confisqué, pillé et transformé l’édifice actuel n’a plus son allure d’autrefois, il reste cependant un plafond aux armes des familles Montboissier, Beaufort, Canillac. L’église Sainte-Martine veille sur le quartier de la marine, elle possède un beau narthex de style roman.

Sur la gauche la grande plaine des Limagnes, proche de Clermont. L’irrigation va jouer un grand rôle, un réseau collectif est mis en œuvre depuis les années 1970 et se développe. La faible pluviométrie estivale sur cette région, ainsi qu’une évaporation maximum due à un effet de « cuvette » surchauffée ainsi que l’absence de nappes souterraines importantes obligent des prélèvements d’eau directement dans l’allier ou la nappe alluviale immédiate. Le producteur, garanti contre la sécheresse entreprend la diversification de ses cultures, bulbes floraux ou alimentaires, protéagineux, semences sélectionnées etc. Avec les activités de conditionnements et de transformations (Limagrain, Maïcentre, Domagri, …) un pôle agro-industriel se développe, il bénéficie de l’appui de laboratoires spécialisés. En 2001, le maïs trans-génique O.G.M. est à l’étude dans les centres d’essais. Importé des Etats-Unis, il ne fait guère recette en France. Les disciples de José Bové veillent à ce qu’il ne soit cultivé en plein champs pour éviter la contamination des parcelles. 

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La montagne Bourbonnaise, est située aux confins des départements de l’Allier, du Puy-de-Dôme et de la Loire. Véritable château d’eau, elle reçoit les précipitations venues de l’ouest et du nord. De nombreuses rivières prennent leur source ici, par la suite elles coulent soit vers la Loire soit vers l’Allier. La montagne possède des paysages magnifiques, variés et parfois inattendus. La forêt y représente 20% de la superficie, et un quart de cette masse se compose de peuplements résineux installés pour la plupart, depuis moins de quarante ans. Le massif des bois noirs, est retenu pour le futur classement Européen Natura 2000.

Bellerive- sur-Allier, station verte et sportive annonce déjà le thermalisme. Le geyser de sa source intermittente jaillit à une hauteur de 1 m. Son eau est chaude alcaline et sulfureuse.

L’Allier suit son cours, elle arrive à Vichy ville thermale, ville hospitalière dont la réputation n’est plus à faire. Ici le curiste est d’abord un client avant d’être un malade. C’est Napoléon III qui a métamorphosé ce village lui créant des casinos, un hôtel de ville, des quais etc. Il reste pour la postérité le chalet de l’Empereur où celui ci a séjourné, après Mesdames, filles de Louis XV et la duchesse d’Angoulême.

A l’ouest de la ville le Vichy thermal masque ses établissements de soins derrière des façades de palais Byzantins. Des hôtels luxueux, des parcs magnifiques sur les bords de l’Allier, des restaurants et des pensions accueillent le client qui vient se reposer et suivre sa cure orienté par le personnel médical vers de nombreuses cabines de soins et de bains où le massage, la douche au jet, et les applications de boue refont une santé aux curistes aisés qui fréquentent ses établissements.

Ses eaux possèdent des propriétés calmantes, elles agissent sur le système neurovégétatif, atténuent les migraines, et les troubles digestifs. Vichy est également une capitale du sport où les champions de toutes catégories se préparent une nouvelle condition physique profitant à la fois des installations sportives bien entretenues et diversifiées, après l’effort l’athlète se laisse aller sous les mains d’un masseur qualifié ou dans un bain d’eau chaude qui jaillit d’une source toute proche.  

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Au XIXeme siècle, lors de la renaissance des stations thermales qui étaient tombées en désuétudes depuis les grandes invasions, les curistes Parisiens voulurent suivre l’exemple de Mme de Sévigné et poursuivre leur cure à Paris. On transporta par l’Allier, la Loire, et le canal de Briare de l’eau en tonneaux pour cette clientèle aisée et capricieuse. Les femmes de chambre faisaient réchauffer cette eau si bien que ces dames retrouvaient presque les bienfaits de la cure. Cependant il restait un problème à résoudre : le prix, car les tonneaux absorbaient une partie du précieux liquide. Pour remédier à ce désagrément on fit appel à des carafes de grès fabriquées au Montet, à l’endroit où la Bourbince devient navigable. Ainsi, par la Bourbince, l’Arroux et la Loire à l’avalaison, ensuite par l’Allier à la remonte, les carafes vides arrivaient à Vichy où elles étaient remplies avant de reprendre la voie d’eau pour Paris. Dans les années 1850, on adopta les bouteilles en verre celles ci connurent un essor important. Elles étaient transportées en toute saison et débarquées à Paris quai de Jemmapes ce qui provoqua quelques surprises désagréables pour certains mariniers imprévoyants, lors d’hivers rudes à l’ouverture des caissons, de nombreuses bouteilles étaient gelées et cassées. Extrait du très beau livre d'HENRIETTE DUSSOURD, LES HOMMES DE LA LOIRE ed. Espaces des haommes, Berger-Levrault.

 Aujourd’hui, ce sont les bouteilles plastiques et le transport routier qui se sont imposés. L’eau de Vichy conserve toujours ses propriétés bienfaisantes et ses nombreux fidèles.

Toutefois il est impossible d’imaginer Vichy sans sa célèbre pastille. C’est en l’an 1824 qu’un chimiste nommé Darcet songea d’extraire les sels des eaux de Vichy pour en composer des bonbons ronds. Un pharmacien Bartillat, exploita le procédé. Mais ce sont les frères Brosson qui, installés dans le couvent des Célestins, créèrent la forme octogonale de la célèbre pastille qui connut son heure de gloire dans les années 1920. Développée et industrialisée, la pastille combat la mauvaise digestion elle est bonne à peu près pour tous les maux, elle est appréciée des enfants tout comme des personnes âgées, il faut dire qu’elle est surtout d’une discrétion à toute épreuve sa forme octogonale lui permet de se faire oublier dans le creux naturel de la langue. Il est encore des inconditionnels qui n’envisagent un voyage, ou bien une convalescence à une quelconque maladie sans la fameuse pastille. Peut-être est-ce tout simplement de la gourmandise ?

Grâce au mariage de la forêt environnante et de la force motrice issue de la montagne Bourbonnaise une scierie communautaire servait à fabriquer les caisses en bois à Avoine qui permettaient les expéditions des fameuses pastilles.

La Ville actuelle de Vichy, se situe à l’est des thermes. C’est une ville comme partout ailleurs, avec sa gare et ses services. A signaler toutefois, une sorte de grand aquarium, réalisé au pont barrage de l’Europe. L’observatoire des poissons migrateurs permet au visiteur d’être immergé en milieu naturel dans les eaux de la rivière Allier. Le spectacle n’est pas de tous les instants. Néanmoins, il est possible d’apercevoir : carpes, ablettes, chevesnes, brèmes. Pour le saumon, il faut être patient et surtout chanceux.  

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Sur l’Allier comme sur d’autres affluents de la Loire, le « Flottage » était fréquemment utilisé. Les bûches voire les troncs d’arbres abattus par les bûcherons dans les forêts des montagnes Auvergnates étaient fendus en leur milieu et jetés à l’eau. Un bel arbre d’une dizaine de mètres faisait office de barrage d’un bord à l’autre du torrent.

Peu à peu, au début de l’hiver la rivière se remplissait de troncs noirs qui étaient rassemblés, prêts à affronter la descente sous l’œil d’un « surveillant du flottage ». Celui-ci armé d’un croc remettait les égarés dans le droit chemin, et à l’eau les troncs échoués sur le rivage.

La descente était parfois rapide, le fort courant de ces torrents montagneux entraînait parfois les bûches contre les rochers, où elles s’entrechoquaient provoquant un embouteillage que le surveillant avait du mal à démêler. Un autre point noir était le passage des ponts, mais tant bien que mal la masse des troncs restait groupée, le voyage continuait de nuit, avec la lune ou sans elle, si bien que les accidents étaient assez fréquents. Les morts étaient enterrés dans la commune du lieu de l’accident. Au terme du voyage des arrêts placés dans le courant permettaient de récupérer les bûches dans une zone plus calme. Placées sur la berge elles étaient ensuite séchées et attendaient les pluies de printemps pour continuer le voyage en direction des grandes villes sur des radeaux constitués des plus beaux arbres.    

                              

Peu après Vichy, le Sichon qui prend sa source dans la montagne Bourbonnaise près du roc des Gabelous à 980 mètres d’altitude se jette dans l’Allier gonflé de son affluent le Jolan.

Le vignoble des coteaux de St Pourcain a les pieds arrosés par la rivière « la Sioule ». Elle se jette dans l’Allier au milieu d’une nature dense et fournie, quelques kilomètres après avoir traversé la ville. Longtemps, ce vignoble qui produit d’excellents cépages rouges et blancs, fut classé dans les vins de Loire, ce qui n’est plus le cas. Actuellement son classement le range dans les nectars d’Auvergne. Jusqu’au XIXe siècle son vin blanc avait la réputation d’être un remède efficace contre la stérilité. En effet, la femme qui pensait qu’il ne lui était pas possible d’être enceinte, versait dans le breuvage, de la poudre grattée au bon endroit sur la statue de Saint-Greluchon. Cela devenait tellement courant que, l’on fut obligé de la déplacer pour l’ôter des ongles féminins. Le conteur ne se prononce pas sur l’efficacité du procédé, mais accepte volontiers de déguster le petit vin blanc.

La Sioule dont la longueur est de 161 kilomètres, a un débit variable suivant les saisons, elle possède un affluent notable la Bouble. Deux barrages sont situés sur son cours, ce sont des ouvrages-poids qui résistent par leurs masses à la poussée des eaux. Le total des deux retenues est de 71 millions de m3. Certains écologistes n’hésitent pas à affirmer que cet affluent qui était une rivière à truites est devenue une rivière à kilowatts. A signaler également le viaduc des Fades, construit par Vidard de 1901 à 1908, son tablier mesure 470 mètres de long, il est soutenu par deux piles de granit à 132 mètres au dessus de la rivière. Le défilé des gorges de Chouvigny par la vallée de la Sioule, et l’un des plus beau site de la région des Combrailles  la rivière y coule en torrent entre de hautes falaises rocheuses sur une dizaine de kilomètres. 

Non loin des bords de la Sioule, se situe la chapelle de port Sainte-Marie détruite à la révolution. Quelque part sous les dalles, dorment ensembles pour l’éternité Gilbert Motier de La Fayette et sa seconde  femme « Isabeau de Polignac » ce fut encore une aventure pour ce héros des Amériques, en effet, le père d’Isabeau était fortement opposé à leur union.

En Bourbonnais les habitants quoique polis et affables étaient considérés par les Auvergnats au cours de leur descente de la rivière Allier comme insouciants et paresseux. Ils étaient surtout vaniteux : « Bourbonnichon, habit de velours et ventre de son ». Disait-on.

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Dans le magnifique département de l’Allier, tout autour de Bourbon-l’archambault il existe une île-Bourbon. Il est vrai que nous sommes en Bourbonnais et tout ce qui est né là est Bourbonien.

C’est d’ici que sont venus les huit derniers rois de France, sans parler des grandes familles étrangères. Peu à peu à partir d’un certain Aimar établi sur la colline ronde de Châtel-de-Neuvre, et de son fils Aimon 1er sire de Bourbon, leurs familles s’établirent de part et d’autre de l’Allier. Après eux, beaucoup plus tard, régnera le 1er Archambault dont le nom germanique veut dire « Hommes francs et gaillards ».

En 1515, à Marignan le duc Charles III de Bourbon fut promu connétable par François 1er. De nos jours encore, L’île de bourbon est couverte de châteaux plus ou moins bien conservés, certains ne sont que ruines. Mais c’est à Souvigny qu’est la mémoire des Bourbons, plusieurs ducs y sont enterrés au prieuré St-Pierre.

Un peu plus tard au XVIe siècle, François 1er confisqua les biens de Charles III, et les réunit au domaine royal, venaient de naître  les forêts domaniales du Bourbonnais. Elles sont parvenues jusqu'à nous dans toute la splendeur de leur haute futaie, la plus connue est celle de Tronçais. C’est Colbert, qui en 1670, établit l’ordonnance qui nous lègue les plus beaux chênes. On en distingue plusieurs espèces : le chêne rouvre (ou chêne sessile), se reconnaît à sa feuille attachée à la branche par un petit pétiole, son gland est fixé directement sur celle-ci. Pour le chêne pédonculé, c’est le contraire. Le gland est attaché à la branche par un pédoncule, sa feuille est attachée directement sur la branche. Certains ont plus de 330 ans, 38 mètres de hauteur, et près de 4 mètres de circonférence. Actuellement, la forêt est divisée en grandes parcelles suivant l’âge des plants. Les plus jeunes sont nommés brosses, gaulis, perchis, les plus anciennes jeunes futaies, hautes futaies.

Confisquée également, en 1527 au connétable de Bourbon le château fort de Billy. Edifiée en partie durant la première moitié du XIIIe siècle, la forteresse est une enclave des sires de Bourbons en Auvergne et en commande l’accès vers le Bourbonnais. Le château couronne une colline qui descend en pente douce vers l’Allier. Du coté de la petite ville de Billy, la cour est entourée d’une courtine défendue par dix tours rondes. L’enceinte principale est un polygone flanqué de sept tours semi-cylindriques. Cet ensemble ovale est dominé par un donjon beaucoup plus haut. Couleuvrines, archères, couronnement muni d’un crénelage, ainsi que d’un chemin de ronde ce château fort est en France l’un des plus beau reste du moyen-âge.

 En 1598, un descendant de cette nombreuse famille qui ne s’appelaient pas tous Bourbon, mais qui par contre comportait beaucoup de Louis monta sur le trône de France il s’agissait d’Henri IV fils d’Antoine de Bourbon roi de Navarre.

Sur la rive droite de l’Allier, en amont de la confluence avec la Sioule, à quelque kilomètres se situe le petit village de Thionne où repose pour l’éternité René Fallet. Cet écrivain autodidacte est né le 04 décembre 1927 à Villeneuve-Saint-Georges dans le département du Val-de-Marne de parents Bourbonnais. Auteur de 23 romans dont la soupe aux choux, Paris au mois d’août (prix inter-allié 1964), le triporteur… etc. il meurt le 25 juillet 1983.

Le chef-lieu du département de l’Allier, Moulins est une cité discrète. La ville devrait son nom aux nombreux moulins à vent ou à eau, ainsi peut-être qu’a une belle meunière qu’aurait aimé un sire de Bourbon qui construisit sa citadelle autour de laquelle naquit un bourg protégé derrière ses remparts sur la rive droite de l’Allier. Du château ducal édifié ou reconstruit par le duc Louis II, et agrandi sous le règne de Pierre II et Anne de France, ne reste que le donjon. Tour haute de 45 mètres, sa toiture peu gracieuse lui vaut encore aujourd’hui le surnom de « Mal coiffée ».

La cathédrale est construite en deux parties distinctes, la plus ancienne (1468, 1540) de style gothique, fait ressortir la pierre rose, de Coulandon. Lorsque Moulins devient évêché au XIXe siècle, une nef et deux clochers sont rajoutés. Cet agrandissement est bâti en calcaire blanc de Chauvigny avec de la pierre noire de Volvic. La ville de Moulins, est également fière de son beffroi érigé en 1457, la famille Jacquemart, composée de quatre automates viendra s’y loger un peu plus tard.    

Sur l’Allier, voici le pont que la ville a eu beaucoup de mal à construire. Les précédents, une dizaine au moins ont été emportés par des crues. Après des travaux d’élargissement, Louis de Règemortes put construire un radier et y ancrer les arches solides de son pont (1755-1765) qui a résisté jusqu'à nos jours.

Vers 1900, les faubourgs de la cité s’étendent et rejoignent Izeure à l’est, et Avermes au Nord. Actuellement, l’agglomération compte un peu plus de 40 000 habitants. Moulins se veut capitale du costume de scène, grâce à l’implantation d’un centre national, c’est dans ce contexte, que durant toute l’année 2000 se sont déroulées ici de nombreuses manifestations costumées, auxquelles ont participé les associations Moulinoises.   

                       
                          
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Un peu à l’écart le long de la nationale 7, l’arboretum de la Balaine à Villeneuve sur Allier vit le jour en 1804. La fille d’un botanique Michel Adenson, acquit ce domaine de trente hectares autour d’un château qui n’avait rien d’exceptionnel. Après avoir veillé à la mise en place d’un vaste système d’irrigation, elle s’ingénia à l’amélioration des sols. Aglaé Adanson, entreprit de planter dans ce parc la totalité des espèces présentes dans le monde tempéré soit plus de mille cinq-cent variétés. Aujourd’hui, aucun arbre ne fait défaut à ce magnifique arboretum, il va sans dire que certains sont centenaires. Les sous-bois sont également riches de bambous, azalées, cornouillers…

Le val d’Allier, est une terre d’alluvions qui présente une grande variété de roches : graviers, bancs de galets, sable fins et limons arrachés en amont. Le calibre des galets va en diminuant d’amont en aval. Si à Billy on rencontre une multitude de pièces de plus de 1 kg, au delà de Moulins la rivière les a usées, ce ne sont plus que de petits cailloux. Les cultures occupent une grande part du val, l’irrigation est nécessaire. En zone inondable en bordure immédiate d’Allier et partout ou cultiver est impossible, ce sont les pâturages qui sont livrés aux bovins, le point d’eau est également indispensable pour faire office d’abreuvoir.

Le bocage Bourbonnais aux environs s’élève en pente douce. Ici, dans les années 1930, une exploitation agricole sur deux était  exploitée en métayage. L’attachement à la terre est moins marqué qu’ailleurs, l’environnement immédiat du paysan est bien souvent défini par un propriétaire qui n’habite pas sur place. La haie taillée, et les chênes émondés sont les signes d’une exploitation bien tenue, mais également une obligation pour clore les pacages bovins. La ferme est moins entretenue qu’ailleurs, le potager est le seul lieu où le cultivateur est vraiment chez lui, il le soigne et l’entretient avec goût. Aujourd’hui, on arrache les haies, on draine les terres humides, l’agriculteur est devenu propriétaire, il soigne beaucoup plus son intérieur. Mais en contrepartie comme dans tout l’hexagone l’agriculture intensive possible uniquement avec l’emploi d’engrais et de produits chimiques, sans parler de l’alimentation parfois douteuse des animaux donne un visage de l’agriculture qui ne durera pas. L’Europe avec ses financements pousse à cette course. Le Crédit Agricole n’est pas en reste il finance les investissements lourds, et le matériel très onéreux, il est devenu la plus grande banque de la communauté Européenne. Les conseillers agricoles des Chambres d’Agriculture préconisent des pratiques qu’ils ont apprises dans les écoles spécialisées et prennent leur part dans ce monde de production actuel, au détriment de la qualité. L’agriculteur propriétaire d’aujourd’hui est-il moins astreint que celui d’hier ce n’est pas sur.

Mais voici, que les eaux du torrent puis de la rivière Allier assagies, coulent désormais dans un lit plus calme au milieu d’un écrin de verdure, et s’avancent lentement. Le lit majeur mesure au moins deux kilomètres de largeur et parfois plus, le lit mineur est du domaine public, sans cesse remanié par les crues, les larges grèves et les ripisylves sont les milieux les plus riches en termes de biodiversité. l’Allier ici, marque la frontière avec le département de la Nièvre. Elle coule en formant de nombreux méandres, ses bancs de sable sont traîtres, et ses îles en constante évolution. Certains écologues espèrent ainsi à long terme la reconstitution du lit de la Loire, lors des crues d’hiver, lorsque les eaux opèrent leur fonction et arrachent des sédiments pour les emmener plus loin. 

 Le village du Veurdre se situe un peu à l’écart sur la berge. C’est sur cette commune proche de la confluence, que (l’établissement public pour l’aménagement de la Loire et de ses affluents) E.P.A.L.A. croyait nécessaire et utile d’implanter un ouvrage de régulation, pour le cas ou une crue centennale de l’Allier se produirait, car tôt ou tard elle se produira. La décision finale doit être prise ultérieurement…. Ici au Veurdre, le débit moyen de l’Allier se situe autour de 73 m3/s. En période de hautes eaux il atteint 485 m3/s, et en période d’étiage 12,3 m3/s. En août 1949, la rivière apportait seulement à la Loire 6m 3/s, lors de la crue de 1856, le débit était de 4000 m3/s environ. Il est facile de comprendre l’importance de l’ouvrage. En gelant la décision de construire ce barrage écrêteur ouvert, qui ne contiendrait que les crues les plus importantes, il semble qu’on met en doute les constatations des ingénieurs du XIXeme siècle, et ceux du siècle suivant qui n’ont cessé de répéter qu’il était indispensable pour une lutte efficace contre les inondations en Loire Moyenne. Les études ont été réalisées, elles sont dans les C.D. ROM de l’équipe du plan Loire. La décision est politique, l’ouvrage écrêteur du Veurdre s’il devait être réalisé serait à vanne mobile. Les portes d’une hauteur de 15,50 mètres seraient couchées sur le fond du lit de l’Allier sans perturber la vie naturelle du fleuve. Ce seuil mobile ne serait appelé à fonctionner que très occasionnellement lors des grandes crues. S’il était construit, le Veurdre possèderait un pouvoir écrêteur dominant vis à sis des secteurs inondés en Loire moyenne.  

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l’Eau possède t’elle une mémoire ?    

Si c’est le cas, elle a le souvenir de ces contrées sauvages et merveilleuses, du haut bassin du Massif Central, de cette Lozère qui là vu naître au Moure de la Gardille discrètement au milieu d’une hêtraie. 

A sa confluence au Bec d’Allier, à une altitude de 170 mètres dans le département de la Nièvre, soudain une image fictive, tenace, s’impose peu à peu. Et si l’eau de l’Allier s’arrêtait tout d’un coup pour attendre celle de sa sœur la Loire qui émerge du ventre de la terre, au centre des volcans, en ce moment précis au pour poursuivre ensembles le voyage jusqu'à l’estuaire et l’océan.