LA PREMIÈRE GUERRE DE VENDÉE

                                                             

Le Pin En Mauges -Vitrail de Cathelineau, blessé à mort devant Nantes.

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Nous voici à St Florent le vieil, un belvédère permet de découvrir le fleuve calme et majestueux qui s’écoule à nos pieds.  

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Ici, il est difficile de s’imaginer en un endroit si tranquille ce qui s’est passé en 1793. Voici un aperçu condensé de la première guerre de Vendée. Car c’est à Saint Florent le vieil que jaillit l’étincelle de la révolte qui couvait déjà dans les Mauges depuis un certain temps.

Deux raisons principales à cette rébellion d’une population essentiellement rurale.

La première, est la persécution de la religion catholique et de ses prêtres qui ont refusé le serment à la constitution civile du clergé du 12 juillet 1790, condamnée par le pape PIE VI le 10 mars 1791.

Entre-temps, une loi du 27 novembre 1790 soumettait les prêtres à l’obligation du serment civique et prévoyait le remplacement de ceux qui l’auraient refusé. Dans le clergé la réaction est nette, les trois-quarts des prêtres Vendéens refusent le serment. Les autorités sont donc obligées de procéder à leur remplacement.

Les « intrus » sont très mal accueillis par la population restée fidèle à ses curés. Un peu partout dans les paroisses, des rassemblements s’organisent. Des pèlerinages, des célébrations de messes clandestines sont organisées par les prêtres réfractaires dans les châteaux, les granges, ou en plein air. Quelquefois des échauffourées éclatent entre les « patriotes » auxquels les autorités républicaines demandent de remplir les églises désertées ; et les fidèles qui cachent les prêtres réfractaires et ne s’adressent qu’à eux pour les célébrations courantes : mariages, baptêmes, et décès.

La deuxième raison, fut un facteur essentiel dans le déclenchement de la révolte. Il s’agit de la levée de 300 000 hommes contre les monarchies Européennes. C’est donc au bord de la Loire à St Florent le Vieil le 12 mars 1793, que les paysans venus des environs envahissent l’hôtel du chef lieu de district où devaient avoir lieu les opérations de recrutement. Ils refusent d’être soldat, une bataille éclate trois morts du côté des gardes nationaux, les assaillants eux relèvent quarante blessés et quatre morts. Les demeures des chefs de district sont pillées et incendiées. Les registres où sont consignés les  « décrets de levées » sont brûlés.

Ce qui n’est encore qu’une mutinerie, va tourner à la rébellion. Bientôt les paysans vont chercher les nobles, dont la plupart avaient servi dans l’armée il y a un début d’organisation. l’insurrection couve dans tout le pays des Mauges, et va s’étendre à la Vendée.

Malgré la brièveté de cette première guerre de Vendée, (quelques mois) on peut cependant la diviser en trois grandes périodes.

La première période, s’étale du 10 mars au 10 juin 1793. L’insurrection est dans sa phase de victoires éclatantes, « de Machecoul à Saumur » l’armée catholique et royale remporte des succès face aux républicains désorientés et désorganisés.

La deuxième se situe du 10 juin au milieu d’octobre 1793. Elle est marquée par l’échec des Vendéens devant Nantes, ainsi que par la mort du général en chef Cathelineau. On peut également remarquer l’envoi de renforts par la Convention, en particulier « les Mayençais de Kléber ».

La troisième période de l’insurrection, se déroule du 20 octobre à fin décembre 1793. Elle se déroule en dehors de la Vendée, l’armée catholique et royale est commandée par La Rochejaquelin.

C’est une armée exténuée dans une cohue hétéroclite qui échoue devant Granville, subit un désastre au Mans, elle est exterminée à Savenay.

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 Les Chefs : 

Jacques Cathelineau né au Pin en Mauges le 05 janvier 1759, maçon ensuite voiturier il fut à l’origine de la préparation de la rébellion. Père de onze enfants, croyant, il jouissait d’un prestige considérable dans le milieu  paysan mais également chez les nobles.

Blessé à mort devant Nantes le 29 juin 1793 il mourut quelques jours plus tard à St Florent. Ses trois frères et 30 membres de sa famille furent tués au cours de ces épisodes sanglants.

Jean Nicolas Stofflet, surnommé « Mistouflet ». Il avait servi quinze ans dans l’armée au régiment de Lorraine infanterie avant de devenir garde chasse à Maulévrier. Il fut arrêté en janvier et exécuté le 15 février 1796.

Bonchamps (Charles Mis de) né en 1760, sert en Inde et en Amérique, blessé à Cholet est transporté sur la rive droite à St Florent où il meurt le 17 octobre 1793, admiré pour sa foi religieuse, il gracie 5000 prisonniers avant de mourir.

  Charrette de la Contrie était né à Couffé en 1763, marin à seize ans il prit part à la guerre d’Amérique. Il possédait un caractère entier, était courageux et disposait d’une autorité naturelle. Il était capable en toute circonstance de déterminer rapidement une conduite à tenir. Il fut capturé à Nantes le 23 mars 1796 et fusillé trois jours plus tard. 

D’Elbée Maurice Joseph, est né à Dresde en 1752. Après avoir servi dans l’armée de Saxe, il vint en France. Nommé général en chef après la mort de Cathelineau il fut grièvement blessé à Cholet le 17 octobre 1793. Arrêté  par les républicains à Noirmoutiers il fut fusillé.

La Rochejaquelin dit aux paysans, « je ne suis qu’un enfant : si j’avance suivez moi, si je recule tuez moi, si je meurs vengez moi ». Tout un programme...

Forte de 20 000 hommes à la fin mars 1793, l’armée catholique et royale passe à 40 000 en mai. Les combattants ont adopté d’entrée une tactique qui leur permettait le combat en ordre dispersé, d’instinct ils s’adaptaient aux dures lois de la guérilla, n’hésitaient pas à se servir de leurs prisonniers comme boucliers, mais surtout ils connaissaient bien le pays qu’ils défendaient. Ils se faufilaient dans les haies, fossés et genêts toujours à l’affût. Tout au début ils ont compris l’importance du renseignement. C’est ainsi que les ailes des moulin à vent, vont jouer un rôle crucial pour informer sur la position de l’adversaire. Le moulin, qu’il soit : « à chandelier ou pivot », c’est à dire que l’axe de ses ailes et son mécanisme sont enfermé dans une cage en bois qui peut être orienté face au vent. Qu’il soit : « moulin- cavier », ou bien encore « moulin-tour » comme celui de l’Epinay, par la position et l’orientation de leurs ailes ils donnent aux chefs chouans de précieuses indications pour l’approche avant la bataille.

Par la suite, au combat la troupe s’avançait en masse et bientôt se déployait dans tous les sens sans ordres, mais avec fureur. Ils fondaient sur les « bleus » ils prirent ainsi Saumur, Angers, mais échouèrent  devant Nantes où leur chef est mortellement blessé.

La convention qui s’est organisée est désormais en mesure de leur opposer 15000 hommes  « les Mayençais de Kléber ».

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Le 17 octobre 1793 à Cholet, une bataille terrible s’engage entre les « blancs » et les « bleus ». Ce seront les Mayençais qui auront le dessus, la plupart des Chefs de l’armée catholique et royale sont blessés. Les rebelles s’enfuient alors poursuivis par leurs adversaires.

 Ils refluent vers la Loire, vers St Florent Le Vieil. A leur suite : incendies, meurtres, viols, pillages jalonnent le chemin, car cette armée avait une particularité, elle était accompagnée par les vieillards, les femmes, les enfants. Ce particularisme là, les Chefs ne l’avait point prévu lors de l’élaboration de leur plan de repli, et au delà de la Loire, vers l’un des ports de l’ouest sur la Manche Granville ou peut-être St Malo.

Toujours est-il que le 18 octobre 1793, ils étaient là les Vendéens sur la rive gauche du fleuve à St Florent. 80000 environ, qui cherchaient à le traverser : à cheval, à la nage, sur des barques et par tous les moyens possibles. Du haut du belvédère qu’est le Montglonne lorsque l’on regarde la vallée, on imagine les cris, les hurlements, la douleur et le sang, lavés et emportés par la Loire témoin de tant de souffrances tout au long de son cours.

Pendant ce temps Bonchamps se meurt, mais avant de trépasser, il accorde grâce aux prisonniers « bleus » que ses troupes furieuses voulaient tuer. Un geste de clémence dans une guerre bien cruelle. Il charge son lieutenant, le fidèle Autichamp de faire exécuter son dernier ordre. Cela sera fait. Parmi les prisonniers graciés le père du sculpteur David d’Angers. Son fils en signe de reconnaissance va sculpter la statue de Bonchamps. Sur son socle l’inscription « grâce aux prisonniers ». L’œuvre représente le généralissime torse nu sur son lit de mort appuyé sur le bras gauche. La main droite ouverte le bras droit tendu arrêtant le massacre. On peut voir cette sculpture sur le tombeau de Bonchamps dans l’église de St Florent.

Tant bien que mal, au prix de lourdes pertes cette armée du peuple était désormais sur la rive droite de la Loire (dans le sens de l’eau). Elle se dirigeait vers le Nord, Granville était leur espoir secret, peut-être une aide de l’Angleterre ? Depuis la mort de Bonchamps, c’est La Rochejaquelin qui en était désormais le chef.  

                                                        

Tous ces combattants portaient le scapulaire sur le cœur, et un très grand nombre possédaient un chapelet. Pendant la marche, les premiers rangs récitaient des prières auxquelles la masse répondait. Une rumeur s’élevait alors dans la campagne au milieu des cris des enfants, des blessés, et du gémissement des vieillards.

Arrivés devant Granville ils n’arrivent pas à prendre la ville bien gardée par les soldats de la convention, point de navires Anglais en vue. Ils refluent vers Angers et Le Mans toujours plus loin.

Rattrapés par les troupes de Kléber, il est facile d’imaginer le massacre, le carnage est effroyable. Blessés agonisants, femmes, enfants, vieillards sont impitoyablement écrasés sous les pieds des chevaux ou achevés sur le bord des chemins.

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Devant, c’est la fuite éperdue le « sauve qui peut » qui ramène à nouveau les Vendéens vers l’Ouest vers Savenay. L’agonie de l’armée catholique et royale est terrible, quelques-uns repasseront la Loire à Ancenis, (mais en décembre elle est haute, et les « bleus » veillent sur la rive opposée néanmoins les chefs passeront en barques avec quelques hommes, amplifiant encore le sentiment d’abandon qui prévaut désormais chez les rebelles). C’est le seul point que j’ai du mal à comprendre dans cette première guerre de Vendée. Pourquoi ces chefs ne sont pas revenus avec leurs hommes ? est ce qu’ils en ont été empêchés, prévoyaient-ils un autre soulèvement, abandon pur et simple ?...

Le reste de la troupe fuit désormais vers Savenay, comme elle peut, en désordre. Un secret espoir de navires Anglais les anime encore. Quelques autres vont rejoindre les Chouans « bretons » de nos jours on dirait « le maquis Breton ». Mais la grosse majorité est tuée ou noyée sans pitié dans les étangs proches de Savenay.

Le général Westermann écrit au comité de salut public : Il n’y a plus de Vendée, je n’ai aucun prisonnier à me reprocher, j’ai tout exterminé. L’armée catholique et royale n’existe plus. Nous sommes fin décembre 1793.

Une semaine plus tard, Turreau nouveau général de l’armée de l’Ouest, rejoignait son poste à Nantes. Dès le mois d’août le sort de la Vendée était réglé. Le comité de salut public avait adopté un nouveau décret dit : « de terre brûlée ». 

Turreau était donc à Nantes pour cela, le 19 janvier 1794 il exposa son plan. Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les filles, les femmes, et les enfants. Même les personnes suspectes ne seront pas épargnées.

Pour ce faire, douze « colonnes infernales » furent créés, et parcourront la Vendée, le maximum de l’horreur et de la démence fut atteint. Dans chaque village, presque dans chaque famille des assassinats furent commis, si bien que les paysans et les ruraux qui n’avaient pas pris part à la première guerre de Vendée, allaient se transformer également en insurgés animés (c’est facile à comprendre) par une haine farouche, et un esprit de vengeance amplifié par la vision des horreurs commises.

Une première série de mesures d’apaisement est cependant prise en juin 1794. Turreau est relevé de son commandement et avec lui une dizaine de généraux, entre autres, Grignon l’un des chefs les plus cruels des colonnes infernales. Le général Hoche est nommé  le 21 août 1794 commandant de l’armée des cotes de Cherbourg. Agé de 26 ans, il possède déjà un beau passé militaire mais il a également connu le régime de la terreur. Emprisonné à la conciergerie à Paris, il n’a dû son salut qu’au 9 thermidor.

Surnommé le « pacificateur de la Vendée », il signe avec Stofflet et les autres chefs Vendéens et Chouans un traité de paix rétablissant la liberté religieuse. Cet événement s’est produit sur les berges de Loire à St Florent Le Vieil, la boucle est bouclée.

Une fois la paix signée reste à panser les plaies, la misère est là qui pousse les vendéens à s’expatrier. Ainsi à Jargeau dans le Loiret, à la fin de mai 1794 ils sont 17, le 10 juin de cette même année 31, et en novembre un état d’indemnités en recense 37. Ils viennent de la région de Nantes, Clisson, Liré, Vallet, Rouans, le Filete, la Chapelle Bassemer. Parmi eux trois ménages avec enfants, sept veuves, dont six entre 41 et 53 ans avec enfants, deux filles, et un vieux gars. Tous touchent des subsides en vertu d’une loi du 27 Vendémiaire et de l’arrêté du conseil du district d’Orléans du 7 brumaire de l’an III (28 octobre 1794). Quelques uns, essaient de retourner chez eux un peu plus tard. Mais la plupart n’ont pas d’emploi, ils restent dans leur nouveau pays d’adoption. Le conseil municipal de Jargeau incite la population locale à les traiter avec humanité surtout les veuves avec enfants en bas âge.

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Témoin impassible le fleuve continue sa course vers l’immensité de l’Océan.