LA LOIRE EN TOURAINE

 La Loire coule désormais en Touraine, province dont la superficie correspond en gros au département de l’Indre et Loire.

                                                

 La campagne est calme, verte, riante, tempérée. Elle est communément appelée « le jardin de la France ».

 Nous sommes en terre de Rabelaisie, et selon les précieux préceptes de « Maître François », Grandgousier trouve en cette fabuleuse contrée de quoi remplir sa panse et son gosier.  

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Ce département peut être divisé en cinq parties, selon la nature de son sol : les Varennes, le Véron, la Champagne, la Brenne, et les gâtines.

Les Varennes sont des terres d’alluvions, elles composent l’essentiel de la vallée. Le Véron, s’étend entre la Loire, l’Indre et la Vienne. La Champagne Tourangelle est un pays uni et gras. La Brenne est humide et marécageuse. Les gâtines sont à l’opposé sèches et arides. Pour la culture l’irrigation est indispensable. 

La Loire semble s’épanouir ici, le ciel teinté de blanc et de bleu se reflète dans ses eaux ; déjà majestueuse elle entre dans Tours la capitale de la région.

Les habitants de cette cité étaient appelés « Turones » par les Latins, les conquérants Romains envahirent la région cinquante-huit ans avant Jésus-Christ après s’être emparés de Bourges. En l’an 374, St Martin devenait l’un des évêques qui a le plus marqué l’histoire religieuse. 

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Au milieu du Ve siècle ce sont les Wisigoths, guerriers barbares et cruels qui envahissent la Touraine.

En août 573, un autre personnage de cette ville que l’on appelle «Grégoire de Tours » est sacré évêque, connu pour ses travaux littéraires il mérite le titre de père de l’histoire de France.

Vers le VIe siècle la construction d’un moulin était chose peu courante. Grégoire de Tours, évoque lui aussi dans ses Passiones vitae que sanctorum aevi Merovingici le lourd investissement que seule l’aristocratie guerrière ou religieuse pouvait supporter. Il relate l’installation par des moines d’un moulin à Loches sur L’Indre. (extrait du livre de la ville d’Olivet les moulins du canton).

« L’abbé Ours fonda un monastère qu’on appelle maintenant Loches. Il parut bon à Ours d’appuyer un moulin dans le lit même de la rivière pour remplacer le travail des frères. Et des pieux ayant été enfoncés sous l’eau, des tas de grosses pierres ayant été amoncelés, il fit faire des écluses et canaliser l’eau dont l’impulsion fit tourner la roue de la machine en grande rotation. »

Sur la Loire même, il exista des moulin-nefs, composés d’une grande gabare « cabanée » équipée de meules, et rattachée à une barque plus petite. Au milieu des deux, une roue tournait sur un axe. Ces moulins-nefs se déplaçaient sur la rivière en profitant au mieux du courant, certains sont semble t-il très anciens.

Les berges, ainsi que les affluents s’équipèrent ainsi peu à peu en moulins de toutes sortes, poussés par une marine de Loire en plein essor. C’est ainsi qu’avant la guerre de 1914, qui sonna le glas des moulins avec l’installation de grandes minoteries industrielles, on pouvait voir : des moulins à blé, mais également des moulins à méteil (mélange de grains de blé et de seigle, qui était la base du pain populaire « pain bis » jusqu'à la fin du XIXe siècle), des moulins à tan  (l’écorce de chêne était pulvérisée, on utilisait le tanin dans la préparation des cuirs et des peaux), le moulin à foulon, (il servait à écraser les matières comme les cuirs, les peaux, le tissu pour leur donner de l’apprêt. Le foulage des draps par exemple était destiné à resserrer les fibres, et à donner de l’épaisseur), le moulin à santal (nom arabe d’un arbrisseau dont on tire une essence terpénique entrant dans la composition de parfums et de colorants).... etc. 

Grégoire de Tours, avait compris très tôt l’importance qu’allait prendre le moulin dans le développement économique de la Touraine, mais également du reste du royaume au fil des siècles, malgré les aléas des grandes invasions et des guerres en tout genre.

La ville reçoit la visite des Normands en l’an 838, le siège dure douze jours, ils ne parviennent pas à prendre la ville. Après leur départ les assiégés se lancent à leur poursuite et en tuent six mille. En l’an 853 après un nouveau siège ils ne parviennent toujours pas à prendre la ville que protégeait une subite inondation de la Loire et du Cher.

Tours, garde également vivace le souvenir de Louis XI.  C’est dans cette ville qu’il s’est marié en 1436 avec la Princesse Marguerite fille de Jacques 1er roi d’Ecosse à l’âge de treize ans. Quelques années plus tard il se fixe à Tours parce que Paris lui fait ombrage. En 1463, il achète la terre dite « des montils » et fait construire le château de Plessis-lès-Tours. Il y fait retraite, maniaque, cruel, d’une dévotion égoïste, avec son compère Tristan l’Hermitte ils inspirent la terreur tout autour de la bâtisse. « on voyait que des gens pendus sans grands indices ni preuves ». Les manants qui ne périssaient pas par la corde étaient jetés à la rivière, Tristan l’Hermitte multipliait les geôles dans les environs. Bien souvent on entendait crier les prisonniers de jour comme de nuit sous les tourments qu’on leur faisait endurer.

Malgré cela, il achève la guerre de cent ans et donne à la France une prospérité jamais connue auparavant. Il favorise l’extension de la ville en accordant des privilèges aux tisserands. Charles VIII et François 1er poursuivirent cet effort. Hélas les guerres de religions furent ici particulièrement dévastatrices. Des cadavres furent déterrés, des protestants égorgés par centaines, et quand on n’égorgeait pas on les emmenait sur les bords de la Loire où par couple dos à dos ou bien par dizaines attachés à des perches ils étaient noyés.

C’est également en cette bonne ville de Tours, qu’un matin de printemps 1589, se réconcilièrent Henri III le dernier des Valois, et le futur Henri IV le premier des Bourbons.

La période révolutionnaire fut relativement calme, la ville de Tours prospère au fil du temps. Peu après,  le 16 mai 1799 est né en son sein Honoré de Balzac. Après une enfance brève, il est placé très jeune chez un notaire. Au lieu de travailler il amuse la galerie, si bien qu’un jour il reçoit un billet du clerc principal de l’étude le priant de : « ne pas venir travailler aujourd’hui car il y a beaucoup d’ouvrage ». Plus tard, il s’essaie aux métiers d’imprimeur, d’éditeur, sans succès mais avec beaucoup de dettes. Il s’éteint le 18 août 1850, âgé de cinquante et un ans peu après avoir épousé la comtesse Hanska, à laquelle il avait rédigé de nombreuses lettres sur la série de ses romans intitulés « la comédie humaine » qu’il écrit en vingt ans de 1829 à 1848. Balzac aimait la région Tourangelle, tout particulièrement le château de Saché. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le Lys dans la vallée. Peut être au cours de ses promenades a t’il longé la petite rivière Brenne, affluent de la rive droite qui se jette en Loire à la dérobée dans la région. Elle coule au milieu des vignobles de Touraine, l’excellent vin de Vouvray est produit dans cette micro-vallée.   

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Tours capitale de la France

En juin 1940, elle fut Capitale de la France pendant trois jours. Elle s’en serait sûrement bien passée                       

  Ici en Touraine, trois affluents et non des moindres vont rejoindre la Loire sur quelques dizaines de kilomètres.

Tout d’abord, le Cher qui mêle ses eaux à celle du fleuve royal près des ruines du château de Cinq-Mars-La-Pile, au delà de Villandry célèbre pour son jardin potager dont les plates bandes carrées ou en forme de croix révèlent la perfection géométrique. Ici rien n’est trop beau, cinq mille nouveaux plants chaque année pour le plus merveilleux jardin renaissance.

Le Cher coule dans le centre de la France, il arrose le Berry. Sur son cours un des plus beaux châteaux dit « de la Loire », Chenonceau qui est le plus visité par les touristes (plus de 900 000 entrées). Un monument de grâce féminine, Chenonceau enjambe le Cher, d’architecture élégante la demeure est bâtie sur les fondations d’un ancien moulin. Toute la construction est axée sur un pont à cinq arches. L’ouvrage est couvert d’une galerie à deux étages de 60 mètres de long. Sur les côtés deux jardins géométriques, selon le projet de Catherine de Médicis. Celle-ci, mariée en 1533 au prince héritier Henri de France, devient avec son époux Henri II reine de France en 1547. La mort d’Henri II en 1559, lui laisse le royaume à gérer. L’étrangère n’aura désormais qu’un seul souci préserver le trône pour ses enfants. Elle meurt à Blois le 05 janvier 1589 et laisse en val de Loire son empreinte indélébile et son portrait que l’on retrouve dans la plupart des châteaux.  

C’est tout proche de la centrale nucléaire d’Avoine, et du château d’Ussé, demeure de la belle au bois dormant qui inspira le conte de Charles Perrault que l’Indre se joint à la Loire. Elle serpente également au pied du château d’Azay Le Rideau, le pays du vieux françois contrée au parler le plus pur de France. Elle passe tout près de Nohant, la demeure de Georges Sand où Aurore Dupin, Baronne Dudevant, séjourna souvent et où elle mourra en 1876. La mare au Diable, la petite Fadette, résument une écriture simple, solide.

Rive droite de la Loire, le château de Langeais est construit pour Louis XI dans les années 1460-1470. Chemin de ronde, larges fossés comblés en partie, mâchicoulis laissent à cette résidence son aspect militaire. Un jardin régulier occupe la terrasse de la bâtisse, il adoucit quelque peu le paysage et précède une promenade boisée qui s’étend derrière le donjon de Foulque-Néra.

Le troisième affluent la Vienne, qui draine 21465 km² sur 359 kilomètres de long depuis sa source dans le Massif Central sur le plateau de Millevaches, rend la Loire majestueuse. Après la confluence, à Candes-St-Martin, le fleuve est large maintenant de plus de 400 mètres. Les pieds dans l’eau, le château de Montsoreau est aux portes de l’Anjou juste en aval du bec de la Vienne. Le roman d’Alexandre Dumas (1846), La dame de Montsoreau, immortalise le village avec l’histoire de la comtesse Diane de Méridor et de son amant Bussy d’Amboise. Celui ci se rendait à un rendez-vous galant avec la comtesse lorsqu’il fut attiré dans un guet-apens et assassiné par Charles de Chambes le mari trompé qui par ailleurs était comte de Montsoreau. 

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Désormais mature et sereine, la Loire a atteint sa plénitude, elle s’avance sous un ciel éclatant. La route départementale 947 conduit à Fontevraud-l’Abbaye.