La dentelle du Puy en Velay.                         

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L‘expression « dentelle du Puy » était employée pour désigner la dentelle aux fuseaux. A la fin du XVe siècle elle existait déjà mais son industrie se développa surtout au XVIIIe  siècle.

                                         

 Le métier sur lequel se pratique l’ouvrage, s’appelle « le carreau ». C’est une sorte de coussin carré à l’intérieur duquel se trouve un cylindre garni de tissus qui est fixé sur un axe et des montants latéraux. Une autre pièce de plan incliné, où s’étalent les fuseaux, relie les supports du cylindre.

Un calque est constitué par un carton, où figure le motif du dessin à obtenir. Cette matrice est fixée sur le cylindre permettant de soutenir fils et fuseaux.

La dentellière travaille assise tenant le carreau sur ses genoux. Avec ses doigts, d’une habileté extrême, elle fait danser les fuseaux sur le plan incliné. Les fils se déroulent, se croisent, s’entrecroisent et s’enchevêtrent en passant les uns au dessus des autres dans un mouvement de rotation qui est dirigé par la dentellière. Celle-ci, pique et tient chaque point avec des épingles, elle les change de place au fur et à mesure que l’ouvrage avance. Le cylindre tourne petit à petit, tandis que sortant des épingles, la dentelle apparaît suivant la forme du dessin imposé par le calque.

La dentelle constituait un appoint « pécuniaire » non négligeable, c’était une occupation à domicile, les dentellières travaillaient à « façon », les fils et le modèle étaient fournis par le grossiste, le calque était rendu après usage. Chaque famille de la région possédait un, voire deux « carreaux ».

En 1776, du fait de ses exportations, la dentelle occupait 80000 personnes. Le Puy en Velay comptait à cette époque 173 marchands, dont dix environ exportaient à l’extérieur de l’hexagone. Actuellement cette industrie, qui s’est modernisée connaît un certain essor notamment grâce aux commandes de pays étrangers.  

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L’histoire de la création de la dentelle au fuseau.

Nous revoici en l’an 1406, nous sommes au printemps pourtant il ne fait pas chaud. L’animation est grande dans le quartier : l’on va, l’on vient, surtout des femmes et jeunes filles de toutes conditions qui s’affairent. Religieuses des ordres réguliers, ou bien des ordres mineurs, ressemblant un peu aux « béates », ces filles d’Auvergne, un peu simplettes veillant les malades et les morts. Et puis il y avait aussi pour commander, bourgeoises riches, et grandes dames nobles. C’est qu’un souci majeur anime tout ce monde, le prochain pèlerinage à Notre Dame du Puy.

On souhaite vraiment trouver pour habiller cette sainte image une parure qui soit digne d’elle, on cherche et on imagine mille choses. Une jeune fille, qui s’appelle Isabelle Mamour, ne connaît de la vie que les travaux les plus durs et la prière, ce qui lui a été enseigné depuis son plus jeune âge. Quelle émotion pour elle que tout ce remue ménage, et puis elle en est toute rouge à l’idée qu’elle doit elle aussi chercher comment vêtir la vierge sans trop y croire toutefois.

Le soir venu, elle gagne sa pauvre chambre, une sorte de réduit avec une lucarne fermée par une porte mal jointe, une paillasse sur le sol, quelques hardes, un tabouret pour tout mobilier. La nuit est noire et froide seule une chandelle luit et grésille plantée dans une vieille bouteille. Dans un coin de la chambre, un tas informe de fils et de bobines ont été embrouillés quelques jours plus tôt par des enfants, et l’on a chargé Isabelle de remettre de l’ordre.

Isabelle sans doute par habitude bien Auvergnate de ne rien gaspiller essaie de tirer parti de cet embrouillamini. Quelques épingles fichées dans une planche l’aident à démêler les fils. Elle pense tenter une broderie, mais la nuit est déjà avancée et elle n’a point d’étoffe. Elle s’acharne, ses doigts deviennent raides sous l’effet du froid, les fils pénètrent dans les crevasses. Que cherche Isabelle, elle n’en sait trop rien. De loin elle regarde le crucifix accroché au mur de sa chambre, pendant ce temps les fils s’enchevêtrent, se mêlent et se démêlent. Soudain entre ses doigts gourds parut un étonnant tissu fin et ajouré comme on en avait jamais vu, il représentait un crucifix.

C’était en l’an 1406, légende ou vérité ? toujours est il que la statue de la vierge fut parée de ce tissu. L’exemple d’Isabelle Mamour humble fille fut suivi dans tout le Velay et en Auvergne où les dentellières devinrent innombrables. Georges Sand, lors de son voyage dans la région en juin 1859 admire ces filles qui font de la «si belle dentelle », mais critique fermement les conditions de travail, de trafic et d’exploitation de ces travailleuses par les religieuses des couvents.

Dans les années 1960, l’enseignement de la dentelle était supprimé au Puy, une décision ministérielle mettait un terme à cette spécialité. L’école pratique de commerce et d’industrie, selon l’appellation d’origine fut crée en 1903, à l’initiative de Pierre Farigoule fabricant et président de la chambre syndicale de la dentelle. Deux députés, l’un du Calvados l’autre de Haute Loire, obtinrent des mesures pour que les villes dentellières soient favorisées. Hélas cela provoqua la disparition des «béates » nom tiré du latin qui veut dire bénies de Dieu, et dont l’origine remonte en 1667 à l’initiative personnelle d’Anne-Marie Martel alors âgée de 23 ans, fille d’un avocat du Puy en renom. Anne Marie meurt en 1673 à 29 ans. Son œuvre lui survit, en 1865 on comptait encore 808 béates en Haute Loire. Saintes laïques et bigotes ce sont elles qui inculquent les bases de la religion et les rudiments de la dentelle à travers les campagnes Vellaves. Celles-ci n’eurent plus le droit d’enseigner en l’an 1904. L’allongement de la scolarité obligatoire n’y est pas étrangère non plus.  

Cette école connut un bel essor, et permis de diversifier les motifs en introduisant une certaine originalité. Ainsi l’on vit apparaître sur les dentelles : des paysages, des motifs animaliers, des végétaux, le travail devint moins répétitif. Véritable microcosme de la société dentellière, la section de dentelle était surtout fréquentée par les enfants de fabricants qui furent nombreux au Puy au début du siècle. Ce fut la crise de 1929, qui sonna le glas de cette industrie en Haute Loire, le boulevard P. Jourde dans la cité Vellave comptait environ quinze usines après la guerre de 1914-1918. Dans cette école, on enseignait aussi bien les techniques de la dentelle à la main, que sur métier. Que les amoureux de la dentelle se rassurent, la ville du Puy a remis à jour cet enseignement précieux qui fait partie de son patrimoine culturel.

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