LA BÊTE DU GÉVAUDAN (le loup en lozère).                               

                                      

La Margeride n’avait pourtant pas été épargnée par les malheurs, la peste en 1721, le passage de Mandrin et de sa bande, la disette qui frappa durement la région dans les années 1748 à 1750.  

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Quand des bruits sinistres parcoururent Langogne, dans le Haut Allier à l’été 1764. Une femme avait été attaquée par une bête pendant qu’elle gardait ses vaches. Puis ce fut une succession d’horreurs, des femmes et des enfants furent dévorés. Les témoins de ces tragédies firent la même description tous avaient vu une bête sauvage, peu commune avec celles qu’ils avaient l’habitude de voir. Pourtant à cette époque nos ancêtres n'étaient pas plus imbéciles que nous, ils avaient l'habitude de voir des loups. Donc ils savaient les reconnaître. 

L'évêque de Mende, un dimanche dans son sermon, mit encore plus l'accent sur le mot "Bête" venue en Gévaudan pour attaquer ses ouailles qui menaient une vie dissolue, il les rappela à la raison, et ordonna que son sermon soit lu dans toutes les églises de la région. La vie en Gévaudan était-elle plus dissolue qu'ailleurs????

Des battues furent organisées par les autorités du Diocèse. Le 14 octobre 1764, vingt cinq chasseurs professionnels avaient été envoyés de Mende par Monsieur Lafont syndic. Résultat, soixante-douze loups furent abattus dans les gorges de l’Allier et sur la Région.

De nouveaux massacres eurent lieu, dans les campagnes les paysans défendaient à leurs enfants de sortir seuls durant la journée et la nuit tout le monde s’enfermait à double tour dans les chaumières. Les Dragons de Langogne à cheval intervinrent à leur tour sous les ordres de Monsieur Duhamel, rien n’y fit.

Des récompenses furent promises :

Le diocèse de Mende promit 200 livres

Celui de Viviers en Ardèche  promit 200 livres également.

Les États du Languedoc 2000 livres.

L’évêque de Mende 1000 livres.                 

Le roi ajouta 6000 livres.         

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Au total, ce fut 9400 livres qui furent promises. Peu à peu cela devenait une affaire d’état. La gazette de France à la date du 23 novembre 1764 publiait une lettre de la ville de Marvejols qui faisait une description de la Bête.

« Le redoutable animal, est plus haut qu’un  loup et bas du devant. Ses pattes sont armées de griffes, il a le poil rougeâtre, la tête fort grosse, longue et finissant en museau de lévrier, les oreilles petites et droites un peu comme des cornes. Le poitrail large, le dos rayé de noir, une gueule énorme flanquée de dents si tranchantes qu’elles ont séparé plusieurs têtes du corps tout comme le ferait un rasoir. Il est d’une agilité surprenante dans l’intervalle d’un temps fort court on le voit à 2 ou 3 lieues de distance. Il se rapproche de sa proie ventre à terre, à une ou deux toises de distance il s’élance sur ses victimes, il craint les bœufs qui le mettent en fuite ».                        

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Je cite toujours la gazette de France du 18 février 1765. L’histoire du petit Portefaix : Cinq petits garçons du village du Villaret paroisse de Chanaleilles, gardaient leur troupeau ensemble   lorsqu’ils furent attaqués par la bête. Elle se saisit du plus petit qui ne courut pas assez vite et, l’emporta dans sa gueule. Les autres voulurent fuir mais, le plus grand d’entre eux, le nommé Portefaix décida qu’il fallait la poursuivre dans les marais tout proches. Bientôt aidés par un paysan qui se trouvait dans les parages, ils l’attaquèrent avec des couteaux qu’ils avaient attachés au bout de leur bâton visèrent les yeux de l’animal et finirent par lui faire lâcher prise. La petite victime s’en sortit vivante.

La bête s’enfuit dans la direction du Mazel, où elle dévora un garçon de quinze ans et se jeta sur une fille du même âge qui survécut. Après une enquête sévère et minutieuse, le petit Portefaix fut récompensé par le Roi et reçu 400 livres, ses petits camarades s’en partagèrent 300 ».

Une nouvelle battue eut lieu le 7 février, soixante-treize paroisses du Gévaudan et trente d’Auvergne y participèrent en tout vingt mille paysans. La bête fut logée à Prunières, tirée à balle au Malzieu, elle tomba, se releva fut poursuivie en vain. (d'ou l'idée qu"elle aurait pu avoir un corset en cuir pour la protéger ???? cela reste une idée sans aucune preuves.)

On fit appel aux spécialistes, le ministre prévint Monsieur Denneval  gentilhomme d’Argentan en Normandie lointaine qui disait-on avait tué plus de douze cent loups. Il fit maintes battues sans résultats, le monstre égorgeait toujours femmes et enfants... Voyant qu’il ne pouvait rien faire il décida de s’en aller, non sans avoir fait parvenir sa note de frais aux autorités 3600 livres. La rumeur enflait, on commençait à parler de sorcellerie, d’autres constataient que l’animal attaquait toujours des femmes et des enfants.. ? (Ce qui est faux...  la bête attaquait parfois des hommes dans la force de l'âge, qui réussissaient non sans mal à se défendre et à se tirer d'affaire.)

Après ces échecs successifs, on s’adressa au porte arquebuse du roi, rien de moins, il arriva en Gévaudan le 21 juin 1765. La description qu’il en reste de nos jours le présente comme un personnage haut en couleurs âgé de près de soixante-dix ans. Comme si elle ressentait son arrivée la bête se calma quelques jours, puis coup sur coup tua deux femmes.

Les religieuses d’Aubrac, signalent que le 2 juillet elle a tué une femme, le 4 juillet, elle attaque le courrier du Malzieu à Mende. A  Lorcières, elle égorge encore une femme et lui suce le sang. Jusqu’au 21 septembre elle fit encore nombre de mauvais coups.

Mais soudain, alors que personne ne s’y attendait coup de théâtre, LA BETE EST MORTE. Voici résumé le récit de la gazette de France. « En  l’an 1765 le 21è jour de septembre François Antoine, Chevalier de l’ordre Royal et militaire de St Louis, porte arquebuse du Roi et lieutenant des chasses de sa majesté s’étant rendu par ordre en Gévaudan, à l’effet d’y détruire la Bête....... étant accompagné.....(elle cite les témoins). Ceux-ci ont examiné la Bête s’en suit une description détaillée : poids 130 livres, grosseur de la tête et du corps, etc. » Personne dans les parages n’avait vu loup féroce d’une telle grandeur.

Le triomphe était complet, la bête était tuée le Roi et ses sujets satisfaits. Monsieur Antoine que sa réputation précédait partit début novembre. Il ne se passa rien pendant quelques mois, ensuite, début décembre il y eut encore des massacres de femmes et d’enfants, cela allait durer par intermittences près de deux ans. Un chasseur du pays un dénommé Jean Chastel tua un loup le 19 juin 1767, un loup énorme, précisément au lieu-dit la Sogne d'Auvers sur les pentes du Mont Mouchet. Ce loup semblait attendre des ordres lorsqu’il attaquait, l’hypothèse d’un animal dressé fut évoquée ????? mais ce n'est qu'une hypothèse......  

Voici un bout d’une complainte qu’inspira la bête du Gévaudan, mais aussi d'autres attaques de loups dans la région, elle était chantée dans les veillées, les auberges en période de foire et en toute occasion.


« Venez les yeux en pleurs,
Écoutez je vous prie,
Le récit des horreurs
D’une bête en furie

Lorsqu’elle tient sa proie,
Cette cruelle bête
En dévore le foie
Le cœur avec la tête.

 
Monstre funeste,
Cet animal dévorant
A craindre comme la peste
Ne s’abreuve que du sang.

Sa grande cruauté
L’a fait voir à Pradelles,
Où elle à dévoré
Plusieurs jeunes pucelles.


Chacun frissonne
En voyant dans un moment
Au moins vingt-deux personnes
Réduites au monument. »

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La bête du Gévaudan a fait couler beaucoup d’encre depuis 1764, soit vingt-cinq ans avant la révolution. Que s’est-il réellement passé ? Faut-il voir là, dans cette province isolée du reste du royaume la fin d’une époque décadente ? Le film de Christophe Gans, « Le pacte des loups » sorti début 2001 imagine un nouveau scénario et repose une fois encore, de nouvelles questions. Un seul reproche, il est dommage que le tournage soit réalisé dans les Pyrénées.